Le décret de Dubaï n° 56 de 2009 a créé un tribunal doté d'une compétence EXCLUSIVE sur les chèques émis par un acquéreur au profit d'un promoteur : la police doit lui transmettre ces plaintes, le Parquet et les tribunaux ne peuvent les connaître avant lui et doivent suspendre leurs propres procédures, et la décision du tribunal est définitive et insusceptible d'appel. En regard, nous lisons la loi fédérale sur les transactions commerciales de 2022 : un chèque impayé faute de provision vaut titre exécutoire, la banque doit payer partiellement, et l'on ne peut faire opposition qu'en cas de perte du chèque ou de faillite du porteur.
Vérifié auprès des sources officielles le 2026-09-15 : le texte du décret de Dubaï n° 56 de 2009 provient du portail de la législation de Dubaï (dlp.dubai.gov.ae), attribué au Comité suprême de législation de l'émirat, 2014 ; les règles fédérales du chèque proviennent du Federal Decree by Law No. (50) of 2022 sur les transactions commerciales, publié sur le portail du gouvernement des Émirats. Les deux sources précisent que la version anglaise est une traduction et que le texte arabe prévaut en cas de divergence. Ceci n'est pas un conseil juridique : un cas donné s'apprécie sur ses propres pièces.
À Dubaï, une opération immobilière est presque toujours hérissée de chèques : échéances au promoteur, une année de loyer en plusieurs chèques, garanties. La question pratique est donc la même pour l'acheteur et pour le vendeur : que se passe-t-il quand un chèque ne passe pas. L'émirat a une porte dédiée pour cela, et la fédération un jeu de règles propre au chèque lui-même. Ce sont deux couches distinctes, et les confondre coûte cher.
Première couche : le tribunal de l'émirat
Le Decree No. (56) of 2009 Establishing a Special Tribunal for the Settlement of Cheque Disputes Relating to Real Estate Transactions a été pris par le Souverain de Dubaï le 1er novembre 2009 et est entré en vigueur le jour de son édiction (article 8).
Le préambule montre d'emblée à quoi le décret se rattache : loi 3/1992 sur les tribunaux de Dubaï, loi 1/1994 sur les frais de justice, loi 7/2006 sur l'enregistrement de la propriété immobilière, loi 8/2007 sur les comptes séquestres et loi 13/2008 sur le registre provisoire. Il s'agit donc de chèques à l'intérieur d'un chantier et d'un échéancier, non de chèques en général.
Qui juge
L'article 1 compose une formation de trois membres, volontairement mixte :
- un juge de la Cour d'appel des tribunaux de Dubaï — président ;
- un juge du Tribunal de première instance — membre ;
- un représentant du Land Department — membre.
Le membre qui n'est pas juge prête serment devant le directeur de la Cour de S.A. le Souverain avant d'entrer en fonction (article 2).
Ce qui relève exactement du tribunal
La précision du périmètre compte :
« The Tribunal will have exclusive jurisdiction to settle complaints related to dishonoured cheques which are issued by a purchaser and made payable to a real estate developer, or those cheques issued by those with usufruct rights or with long-term leasehold rights, whose rights are preserved pursuant to the above mentioned Law No. (7) of 2006. »
« Le tribunal a compétence exclusive pour trancher les plaintes relatives aux chèques impayés émis par un acquéreur et payables à un promoteur immobilier, ou aux chèques émis par les titulaires de droits d'usufruit ou de baux de longue durée dont les droits sont préservés en vertu de la loi n° 7 de 2006 susvisée. » — Decree No. (56) of 2009, article 3
Le sens est nommé : de l'acquéreur au promoteur. Les titulaires d'usufruit et de bail de longue durée sont visés à part — des formes de propriété que nous avons traitées séparément. Ce qui sort de cette description, l'article 3 ne l'envoie pas au tribunal.
Ce que le tribunal peut faire
L'article 4 confère quatre pouvoirs, et les deux premiers portent sur l'opération, non sur la sanction :
| Pouvoir | Condition |
|---|---|
| annuler le chèque impayé payable au promoteur | il est prouvé que le promoteur n'a pas droit au montant |
| ordonner l'émission d'un nouveau chèque en remplacement | la date de paiement est fixée par le tribunal lui-même |
| renvoyer le chèque à l'autorité judiciaire compétente pour les suites appropriées contre l'émetteur | le promoteur a droit au montant |
| recourir à des experts et spécialistes de l'immobilier | selon ce que le tribunal juge opportun |
La première ligne est rare : l'organe ne regarde pas seulement le papier, mais si le bénéficiaire a gagné cet argent.
Pourquoi cette compétence est « exclusive » en pratique
L'article 5 ferme les contournements des deux côtés. Paragraphe (a) : la police judiciaire, y compris la police, doit transmettre au tribunal toutes les plaintes relatives aux chèques entrant dans le champ du décret. Paragraphe (b) : le Parquet et les tribunaux ne peuvent enquêter sur ces chèques ni trancher les litiges qui s'y rapportent avant que le litige n'ait été renvoyé au tribunal et examiné par lui ; ils doivent en outre suspendre l'examen de toute plainte ou action pénale relative à ces chèques et les renvoyer.
L'article 6 ferme la sortie : la décision est définitive, irrévocable et insusceptible d'appel, et elle est exécutée par le Département de l'exécution des tribunaux de Dubaï.
L'article 7 énonce ce que le tribunal applique : les lois en vigueur dans l'émirat, les principes de la charia islamique, les usages (s'ils ne heurtent ni la loi, ni l'ordre public, ni les bonnes mœurs) et les principes de justice naturelle.
C'est une porte de plus dans la série que nous assemblons à partir des sources primaires : le Centre de règlement des litiges locatifs pour le bail, le tribunal spécial des projets inachevés pour la liquidation, le Conseil auprès du Land Department pour les contrats de courtage, le comité judiciaire des conflits de compétence quand les juridictions du DIFC et de Dubaï se heurtent. Objets différents — et la porte suit l'objet, non la commodité.
Deuxième couche : ce que le droit fédéral dit du chèque lui-même
Le texte fédéral en vigueur est le Federal Decree by Law No. (50) of 2022 Promulgating the Commercial Transactions Law. Il a réédicté l'ensemble du régime du chèque, et plusieurs de ses règles frappent directement la pratique des échéanciers.
Présentation dans les six mois. Un chèque tiré dans l'État ou à l'étranger et payable dans l'État doit être présenté au paiement dans les six mois, à compter de la date portée sur le chèque comme date d'émission (article 649). Pour une série de chèques d'échéancier, « le garder au coffre et le présenter un jour » n'est pas une stratégie.
La banque doit payer partiellement. Si la provision est inférieure au montant, le tiré paie partiellement à concurrence des fonds disponibles, sauf refus du porteur. En cas de paiement partiel, la banque porte une mention au dos du chèque, remet au porteur l'original et une attestation de paiement ; le droit de réclamer le solde s'établit par cet original annoté ou par protêt (article 648, alinéa 2). Le refus de la banque de payer partiellement, de délivrer l'attestation ou de restituer l'original figure expressément parmi les actes sanctionnés (article 673, point 4).
La banque informe la Banque centrale. Les données du titulaire du compte sont communiquées dans trois cas : absence de provision suffisante et disponible à l'échéance ; retrait de la provision par le tireur après émission, rendant le chèque non encaissable ; paiement partiel par la banque (article 648, alinéa 3). Les règles de cette communication sont fixées par la Banque centrale elle-même — nous ne les avons pas lues.
Faire opposition est presque impossible. L'opposition au paiement n'est admise **qu'**en cas de perte du chèque ou de faillite de son porteur ; dans tous les autres cas, la banque doit encaisser malgré l'opposition du tireur, et le juge ne peut ordonner la suspension du paiement même en cas de contestation du droit sous-jacent (article 651, alinéas 2 et 3). C'est la réponse directe à l'acheteur qui compte « retirer le chèque » parce que le chantier va mal : contester le fond, oui ; bloquer le chèque, non.
Le chèque au porteur perdu a sa propre voie : opposition mentionnant le numéro, le montant, le nom du tireur et les circonstances de la perte ; dès réception, la banque doit s'abstenir de payer et mettre la provision de côté ; aux frais de l'opposant, une publication paraît dans un quotidien publié dans l'État en arabe, et toute disposition du chèque postérieure à la publication est nulle (article 656).
Le chèque impayé vaut titre exécutoire. C'est le changement structurel qui justifie le chapitre :
« A Cheque bearing a statement by the Drawee denoting that it was not paid due to insufficient or lack of balance is deemed an executive document, and its Bearer has the right to request its execution, in whole or in part, by compulsory means. »
« Le chèque portant une déclaration du tiré indiquant qu'il n'a pas été payé faute de provision suffisante ou en l'absence de provision est réputé titre exécutoire, et son porteur a le droit d'en demander l'exécution, en tout ou partie, par voie de contrainte. » — Federal Decree by Law No. (50) of 2022, article 667
La demande d'exécution et les litiges qui s'y rapportent suivent la loi de procédure civile.
La mention portée sur le chèque pèse plus qu'il n'y paraît. Le recours contre le tireur, les endosseurs et les autres obligés suppose que le chèque ait été présenté dans le délai et que le refus de paiement soit prouvé par protêt ou par une déclaration du tiré indiquant le jour de la présentation, datée et écrite sur le chèque lui-même. Refuser d'apposer cette mention à la demande du porteur n'est pas permis ; celui qui doit l'apposer peut demander un délai de trois jours ouvrables au plus (article 663).
Sanctions dans la loi fédérale : à qui, et pour quoi
La précision s'impose ici, car c'est là que naissent les mythes. Nous reproduisons exactement ce que disent les articles lus.
| Article | Pour quoi | Mesure |
|---|---|---|
| 673 | à la banque : déclaration sciemment contraire à la vérité sur l'absence ou l'insuffisance de provision ; refus de mauvaise foi de payer alors que la provision existe ; abstention d'apposer la mention de l'article 663 ; refus du paiement partiel, de l'attestation ou de la restitution de l'original | amende d'au moins 10 % du montant du chèque et d'au moins 5 000 dirhams, sans excéder le double du montant |
| 674 | endosser ou remettre un chèque au porteur en sachant la provision insuffisante ou le chèque non encaissable | amende d'au moins 10 % et d'au moins 1 000 dirhams, sans excéder le double ; doublée en cas de récidive |
| 675 | enjoindre au tiré de ne pas encaisser hors des cas des articles 651 et 656 ; clôturer le compte, retirer tout le solde, savoir qu'il était clos avant l'émission ou la présentation, ou provoquer délibérément un gel ; rédiger ou signer intentionnellement le chèque de manière à empêcher son encaissement | emprisonnement de six mois à deux ans et/ou amende d'au moins 10 % et d'au moins 5 000 dirhams, sans excéder le double ; doublée en cas de récidive |
| 676 | falsifier ou fabriquer un chèque ; user sciemment d'un chèque falsifié ; accepter des sommes payées par ce moyen ; utiliser le chèque valide d'autrui, y compris en lien avec une fraude | emprisonnement d'au moins un an et amende de 20 000 à 100 000 dirhams |
Il faut noter ce que ces quatre articles ne contiennent pas : le simple défaut de provision du tireur n'est pas, en soi, énuméré parmi les actes des articles 674 à 676 — pour lui, la loi ouvre à l'article 667 une autre voie, celle de l'exécution. Nous le donnons comme ce qui est écrit, sans le convertir en verdict sur un cas particulier.
Ce que nous n'affirmons PAS ici
- Où va une plainte donnée aujourd'hui. Le décret 56/2009 est publié sur le portail de la législation de Dubaï et la version lue ne porte aucune mention d'abrogation ; mais nous ne l'avons pas confronté article par article aux textes postérieurs de l'émirat, et le régime fédéral du chèque a été réédicté en 2022. Le parcours doit être vérifié sur les versions en vigueur et la pratique de l'organe.
- La qualification d'un cas particulier. Les listes d'actes sont citées des articles 673 à 676 ; la règle applicable à un chèque donné relève du dossier.
- Les frais de justice et d'exécution. Le décret renvoie à la loi 1/1994 ; nous ne l'avons pas lue et ne citons aucun montant.
- Les règles de la Banque centrale sur la communication des données du titulaire : l'article 648 y renvoie, mais nous n'avons pas lu ces règles.
- Les chèques de loyer. Le périmètre de l'article 3 passe par l'acquéreur et le promoteur, ainsi que par les titulaires d'usufruit et de bail de longue durée au sens de la loi 7/2006 ; nous ne l'étendons pas à un chèque de loyer ordinaire — les litiges locatifs ont leur centre.
- Le contenu de la loi 3/1992 sur les tribunaux de Dubaï et de la loi de procédure civile. Ce sont des renvois ; nous ne les citons pas.
Sources
- Decree No. (56) of 2009 Establishing a Special Tribunal for the Settlement of Cheque Disputes Relating to Real Estate Transactions — portail de la législation de Dubaï : édiction par le Souverain de Dubaï le 1er novembre 2009 et entrée en vigueur le jour même (article 8) ; renvois du préambule aux lois 3/1992, 1/1994, 7/2006, 8/2007 et 13/2008 ; formation composée d'un juge de la Cour d'appel comme président, d'un juge de première instance et d'un représentant du Land Department (article 1) ; serment du membre non juge (article 2) ; compétence exclusive sur les chèques de l'acquéreur au promoteur et sur ceux des titulaires d'usufruit et de bail de longue durée (article 3) ; les quatre pouvoirs — annulation du chèque si le promoteur n'y a pas droit, injonction d'émettre un chèque de remplacement à la date fixée par le tribunal, renvoi à l'autorité judiciaire compétente si le promoteur y a droit, recours aux experts (article 4) ; obligation de renvoi par la police, interdiction faite au Parquet et aux tribunaux d'agir avant et obligation de suspendre (article 5) ; caractère définitif et insusceptible d'appel de la décision et exécution par le Département de l'exécution des tribunaux de Dubaï (article 6) ; sources appliquées par le tribunal (article 7).
- Federal Decree by Law No. (50) of 2022 Promulgating the Commercial Transactions Law — portail du gouvernement des Émirats : obligation de la banque de payer partiellement en cas de provision insuffisante, mention au dos, remise de l'original et d'une attestation (article 648, alinéa 2) ; notification à la Banque centrale dans trois cas (article 648, alinéa 3) ; délai de présentation de six mois à compter de la date d'émission (article 649) ; opposition admise seulement en cas de perte ou de faillite du porteur, obligation d'encaisser malgré l'opposition du tireur et interdiction faite au juge de suspendre le paiement même en cas de contestation du droit sous-jacent (article 651, alinéas 2 et 3) ; procédure du chèque au porteur perdu, mise de côté de la provision et publication dans un quotidien en arabe (article 656) ; preuve du refus par protêt ou par mention datée du tiré sur le chèque lui-même et délai de trois jours ouvrables au plus (article 663) ; qualification de titre exécutoire du chèque impayé faute de provision et droit à l'exécution forcée totale ou partielle (article 667) ; actes et mesures des articles 673, 674, 675 et 676, dont les amendes d'au moins 10 % du montant du chèque avec planchers de 5 000 et 1 000 dirhams et plafond au double du chèque, l'emprisonnement de six mois à deux ans de l'article 675 et l'emprisonnement d'au moins un an avec amende de 20 000 à 100 000 dirhams de l'article 676.



